Féminismes et christianisme : quelles perspectives communes ?

Lorsque l’on m’a sollicitée pour écrire un billet, dans la lettre de l’association David & Jonathan du mois de novembre 2017, au sujet des liens entre luttes féministes et christianisme, j’ai été, dans un premier temps, un peu gênée. Car finalement de quoi parle-t-on lorsque qu’il s’agit de christianisme comme de féminisme ? Il existe en effet mille et une façon de se vivre comme chrétien.ne : quoi de commun entre les chrétien.ne.s qui soutiennent les migrant.e.s, par exemple en distribuant eau et nourriture à Calais à celles et à ceux qui ont tout perdu, et les chrétien.ne.s homophobes qui militent au sein de Sens commun ou encore celles et ceux qui se revendiquent du Front National ? De la même façon, il existe bien des sortes de féminismes : le féminisme reproduit les divisions existantes dans la philosophie politique contemporaine, tel que le marxisme, le libéralisme, l’anarchisme et il reçoit l’influence de différentes écoles de pensée comme la psychanalyse, le postmodernisme, etc.

Alors je me suis dit qu’il fallait sans doute remonter à ce qui fait finalement l’unité des féminismes : la volonté de mettre fin à la subordination des femmes y apparaît comme un concept central et commun. Et l’état de subordination des femmes, en clair les rapports d’oppression / domination qu’exercent les hommes sur les femmes avec leur continuum de violences psychologiques, verbales et/ou physiques – et ce, depuis des centaines et même quelques milliers d’années – structurent profondément nos sociétés et les organisations dans lesquelles nous nous inscrivons. Dès lors, les féminismes portent un projet émancipateur pour toutes les personnes, les femmes en premier lieu mais également les hommes car il s’agit in fine de se re-construire en dehors des rapports de domination, c’est-à-dire de devenir des êtres pleinement humain.e.s et libres, interagissant entre égaux et égales. Cela ne vous rappelle rien ?
« Oui, vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. Il n’y a plus ni Juif, ni Grec ; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre ; il n’y a plus l’homme et la femme ; car tous vous n’êtes qu’un en Jésus-Christ » (Galates, 3, 27-28). Ou encore : « Le jeûne tel que je l’aime, le voici, vous le savez bien : c’est libérer les hommes injustement enchaînés, c’est détacher les courroies du joug, c’est rendre la liberté à ceux qui sont opprimés, bref c’est supprimer tout ce qui les tient esclaves » (Esaïe, 58, 6). Ou enfin : « Ainsi, il n’y a plus le païen et le Juif, le circoncis et l’incirconcis, il n’y a plus le barbare ou le primitif, l’esclave et l’homme libre ; mais il y a le Christ : il est tout et en tous » (Colossiens, 3, 11).

Ainsi, à mes yeux, ce qui parcourt l’Ancien Testament comme le Nouveau, le sens de l’Alliance proposée, c’est bien cela : le refus de tout ce qui nous rend esclaves ; la promesse ouverte par une Parole, celle d’un Dieu incarné en Christ qui veut rendre libres les êtres humains. C’est en ce sens, et de mon point de vue situé, qu’engagements féministes et engagements chrétiens peuvent se rejoindre : dans cette ambition démesurée de nous libérer de tout ce qui nous retient esclave…

 

Magali C. Calise

 

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