Pour en finir avec l’élection présidentielle – anti-démocratique par essence… …se souvenir du CNR (1944) & mobiliser ses énergies.

Je reste persuadée qu’il faut en finir avec les élections présidentielles, et plus exactement avec le régime présidentiel de la Vème république qui m’apparaît nettement anti-démocratique par essence. A une époque, François Mitterand dénonçait avec force ce régime politique : il parlait alors d’un « Coup d’Etat permanent »… jusqu’à ce qu’il soit élu Président…

Car la constitution de la Vème république consacre un Président, véritable monarque républicain aux pouvoirs exorbitants. Par comparaison, les pouvoirs du président des Etats-Unis, première puissance mondiale, ne représentent pas même un cinquième des pouvoirs présidentiels en France. De plus, ils sont contrebalancés par tout un système de contre-pouvoirs exercés par le Sénat, la Chambre des représentants et la Cour Suprême des Etats-Unis. En France, il n’en est rien ou si peu.

Un petit détour par l’histoire nous rappellera, qu’en France, l’élection présidentielle au suffrage universel direct – qui ne concerna que les hommes, sauf à partir de 1945 – fût instituée par la IIème République en 1848, aux lendemains des journées révolutionnaires. Ce système aboutit à l’élection présidentielle de Louis-Napoléon Bonaparte dès le 1er tour, et avec près de 75 % des suffrages (5,4 millions de voix). Il gouverna ensuite à grands coups de plébiscites, instaurant une véritable dictature qui aboutit au coup d’Etat du 2 décembre 1851.

Aujourd’hui, le coup d’Etat permanent nous le vivons, et notamment à travers une séquence marquée par l’utilisation intensive de l’article 49.3 de la Constitution[1] par le gouvernement dit socialiste de Hollande-Valls, et ce pour imposer une série de lois, dont la loi Travail, etc.

Je m’étonne d’ailleurs que ni le PCF, ni LO, ni le NPA, ni EELV, ni Mélenchon – qui prône l’avènement de la VIème république et une nouvelle constituante – n’aient finalement jamais appelé au boycott des élections présidentielles en France. Certaines personnes parlent d’un « choix tactique » quant à celui de leur organisation politique de participer aux élections présidentielles. Mais comme le souligne mon ami Rémy Pergoux : « est-ce que nos anciens, pendant la Résistance, envisageaient de participer aux mesures de Vichy – par exemple le STO  – en pensant les détourner ?…»

L’élection de Trump aux USA a été un coup de massue pour moi, notamment avec cette vision d’horreur : voir en 2016 le Ku Klux Klan défiler tranquillement, et en plein jour, dans les rues de Caroline du Nord. Alors lorsqu’a sonné l’heure de la primaire ouverte de la droite et du centre – et à mes yeux les primaires sont de véritables suffrages censitaires – je me suis longuement questionnée…

Je me suis dit, vu les candidat.e.s en lice et les visions de société différentes qu’elle/ils incarnaient  (notamment avec le spectre de la Manif pour Tous derrière Fillon), que si la primaire de droite était comme le 1er tour des présidentielles 2017 … alors j’irai voter. Que si la primaire de droite était l’occasion d’affirmer certains principes républicains et visions de société auxquelles je pouvais souscrire, pour partie… alors j’irai voter. Que si la primaire de droite permettait de donner de la force à un courant / une tendance minoritaire au sein d’une famille politique de droite de plus en plus réactionnaire, ultra-libérale, anti-pauvres, ouvertement raciste et homophobe….… alors j’irai voter.

La primaire de la droite – grâce à une forte mobilisation des réseaux de la Manif pour tous[2] – a consacré Fillon comme son candidat à l’élection présidentielle de 2017. Le sacre d’un homophobe décomplexé (il vota en 1982 contre la dépénalisation de l’homosexualité), soutenant une vision fondamentalement réactionnaire de la société.

A l’heure où un peu partout dans le monde triomphent les régimes autoritaires et/ou réactionnaires, quel choix fera le Peuple de France ?

Christiane Taubira disait tout récemment : « Nous entendons les grondements sourds qui s’expriment dans l’isoloir ». Rappelant le coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte du 2 décembre 1851[3], elle twittait le 2 décembre 2016 : « Hugo, Schoelcher, et des milliers de Résistants dans les départements se lèvent, fidèles à la République ».

La Résistance, ce mot merveilleux. Bien plus qu’un mot : pour moi elle représente un idéal en politique. Des femmes et des hommes se rassemblèrent en un Conseil National de la Résistance (CNR), et bien qu’issues de familles politiques différentes – gaullistes, communistes, socialistes et monarchistes – elles/ils dépassèrent ce qui les opposait pour travailler ensemble, uni.e.s contre la bête immonde du régime nazi et du régime de Vichy. Elles/ils posèrent ainsi, en 1943-1944, les bases d’une nouvelle société plus juste, plus solidaire à travers le programme « Les jours heureux ». Et elles/ils le mirent en oeuvre au lendemain de la 2ème guerre mondiale : création de la Sécurité sociale, nationalisations, etc…

Aujourd’hui, nous vivons sur un modèle productiviste / extractiviste à bout de souffle : de plus en plus de personnes s’en rendent compte. Un ancien monde est en train de disparaître, et, sous le craquement du vieil arbre apparaît un arbre nouveau.

Malheureusement peu de responsables politiques en sont conscient.e.s. Celles/ceux qui le sont davantage se situent du côté d’EELV, de NKM, de Macron, un peu de NDA et de Mélenchon[4]. Cependant, et malheureusement, aucune de ces personnes ne remet en cause le régime présidentiel français, matrice du pouvoir personnel et de ses dérives. Le pouvoir personnel : ce contre quoi la démocratie athénienne s’est érigée il y a plus de 2 000 ans…

Le philosophe Jean-Luc Nancy – qui a travaillé avec la féministe Françoise Collin – déclarait en janvier 2016 dans une tribune publiée dans le journal La Croix :

« Nous sommes dans la fin d’une civilisation (…)  Nous sommes dans la situation de l’homme romain du VIème siècle : totalement perdus devant tout ce qui disparaît (…).

Les hommes ne voient jamais l’histoire dans laquelle ils sont emportés. Mais il est temps d’ouvrir un peu les yeux, de se rendre compte qu’il s’agit d’une mutation très profonde. Il faut repenser de fond en comble le commun, l’être ensemble qui sont devenus des mots doucereux. Repenser comment nous sommes au monde. Penser aussi que certaines positions au monde s’usent. Ce que la Révolution Française a engendré, la République – et plus largement une civilisation –  est aujourd’hui usée à son tour… (…)».

Alors je veux croire qu’à l’heure des choix déterminants pour notre démocratie, le Peuple de France sera capable du meilleur, qu’il sera capable de montrer sa grandeur comme il a su souvent le faire aux pires moments de son histoire… La République ne doit plus être contre le Peuple : elle doit s’affirmer démocrate, sociale, féministe et écologiste. Games are not over.

Magali C. Calise

4 décembre 2016

[1] Au cours de la Vème république, l’article 49.3 a été utilisé 54 fois par des Premiers ministres de gauche, contre 14 fois pour des chefs de gouvernement de droite, source : http://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/carriere/vie-professionnelle/droit-du-travail/infographie-quel-premier-ministre-a-le-plus-utilise-le-49-3-depuis-1981_1444106.html

[2] Le Canard Enchaîné du 23/11/2016, dans un encart intitulé « Le pognon et le goupillon », détaille les ressorts et les modalités de cette mobilisation menée par l’association Sens Commun, émanation de la Manif pour tous.

[3] Il existe d’ailleurs une association baptisée « Association 1851, pour la mémoire des Résistances républicaines » : http://1851.fr/

[4] Dans son cas, le souci demeure, pour moi, sa conception et ses pratiques du pouvoir, plutôt autocratique : (re)lire « La ferme des animaux » de Georges Orwell peut être d’utilité.

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